Par Arthur Dekeyser
En résumé
Le Pentagone demande 30,3 millions de dollars sur cinq ans pour Polygraph+.
La DCSA prévoit d’utiliser cette technologie pour contrôler des candidats et détecter des menaces internes.
Des chercheurs contestent la fiabilité des polygraphes et l’interprétation des signaux physiologiques.
Le signal : Le programme Polygraph+ doit combiner algorithmes d’IA et mesures physiologiques sans contact pour le recrutement fédéral.
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Demande budgétaire américaine. Le gouvernement américain veut consacrer 30,3 millions de dollars sur cinq ans à Polygraph+, aussi appelé Polygraph Next. La demande figure dans le budget du département de la Défense. Le Congrès doit encore l’approuver. Le programme doit moderniser les technologies fédérales d’évaluation de la crédibilité. Il prévoit des algorithmes de notation utilisant l’intelligence artificielle et l’apprentissage automatique. Il prévoit aussi la détection à distance, ou « standoff sensing ». Cette technique vise à mesurer des signaux physiologiques sans fixer d’appareil sur le sujet. La demande budgétaire de la DCSA décrit deux usages : le contrôle des candidats et la détection des menaces internes.
La DCSA pilote le programme. La Defense Counterintelligence and Security Agency conduira Polygraph+. Cette agence réalise déjà les vérifications d’antécédents pour le gouvernement fédéral. Le projet arrive alors que le département de la Défense utilise davantage les tests polygraphiques pour rechercher l’origine de fuites présumées. En septembre, le New York Times a rapporté qu’environ 50 officiers de l’état-major interarmées avaient subi ces tests. L’article reliait cette démarche à des informations sur la diminution des stocks d’armes américains pendant la guerre avec l’Iran. Le programme intervient donc dans un dispositif de contrôle déjà actif. Inside Defense a été le premier média à rapporter les détails de la demande budgétaire.
Deux prototypes donnent des indices. En 2023, l’unité d’innovation du département de la Défense a lancé un appel ouvert consacré aux produits de détection de la tromperie. Elle a retenu Presage Technologies et Altec Research pour construire des prototypes. Presage affirme pouvoir mesurer le rythme cardiaque et la respiration avec des caméras classiques. Altec Research développe des capteurs médicaux et des technologies de mesure sans contact. Une capture publiée par l’unité montre un prototype suivant les mouvements de la tête, la température de la peau du visage et l’activité des pores. Les technologies retenues pour Polygraph+ ne sont toutefois pas encore identifiées. Le projet pourrait combiner plusieurs mesures dans un score de tromperie.
Les limites restent documentées. La technologie polygraphique actuelle mesure principalement la tension artérielle, le pouls, la respiration et la transpiration. Les examinateurs comparent les réactions à des questions de référence et à des questions ciblées. Le gouvernement fédéral réalise des dizaines de milliers de tests chaque année pour sélectionner ses employés. En 1983, l’Office of Technology Assessment du Congrès jugeait très limitées les preuves justifiant cet usage. En 2003, le National Research Council estimait que les preuves d’efficacité étaient « faibles au mieux ». L’American Polygraph Association avance une précision comprise entre 80 % et 94 %. Le rapport de 2003 avertissait pourtant qu’un tel taux pouvait produire de nombreuses erreurs de sélection.
L’échelle augmente le risque. Le département de la Défense emploie 2,8 millions de personnes. Un système imparfait appliqué à cette population pourrait, selon l’analyse rapportée, accuser à tort des dizaines de milliers de personnes. Les interprétations varient fortement selon les examinateurs. Les personnes appartenant à des groupes minoritaires sont aussi plus souvent jugées trompeuses. Sophie van der Zee, professeure associée à l’université Erasmus de Rotterdam, rappelle que des candidats entraînés peuvent utiliser des contre-mesures. Elle cite notamment le fait de provoquer une réaction physiologique pendant les questions de référence. Kyri Kotsoglou, juriste à l’université de Northumbria, décrit l’association de l’IA et du polygraphe comme « le pire des deux mondes ».
Les méthodes combinées ont déjà échoué. L’IA pourrait rechercher des régularités invisibles aux examinateurs dans plusieurs types de données. Sophie van der Zee distingue le stress physiologique, la charge cognitive et les efforts conscients pour dissimuler un mensonge. Des projets antérieurs ont combiné vidéo, suivi du regard, analyse vocale et mouvements corporels. Silent Talker a produit un score de tromperie à partir d’images vidéo dans les années 2000. Le système a ensuite été intégré à iBorderCtrl, un projet pilote financé par l’Union européenne. Aux États-Unis, AVATAR visait les contrôles aux frontières. Ces projets ont ensuite disparu sans fournir de résultats fiables hors laboratoire. Marion Oswald estime qu’aucun ensemble de données ne permet de vérifier systématiquement si les résultats polygraphiques sont justes.
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