Par Arthur Dekeyser
En résumé
Arthur Mensch rejette l’idée de laisser les modèles de pointe aux États-Unis et à la Chine.
Le dirigeant de Mistral AI estime que les modèles ouverts ne suppriment pas la dépendance technologique.
Mistral AI prévoit de multiplier ses capacités de calcul par six dans l’année qui vient.
Le signal : Arthur Mensch annonce que Mistral AI veut multiplier ses capacités de calcul par six dans l’année qui vient.
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Arthur Mensch défend le développement de modèles d’IA en Europe dans une tribune publiée par Le Monde le 15 octobre 2026. Le directeur général de Mistral AI rejette l’idée de laisser les modèles de pointe aux entreprises américaines et chinoises. Cette stratégie consisterait à se concentrer sur les applications, les données industrielles, les PME et l’expertise métier. Un modèle frontière coûte déjà des centaines de millions d’euros par génération. Son coût pourrait atteindre plusieurs milliards. Arthur Mensch qualifie ce choix d’« erreur fondamentale ». Selon lui, il « achèvera de coûter à l’Europe sa place dans le monde ». La tribune est également reprise en anglais sur LinkedIn.
Une dépendance stratégique explique cette opposition. Arthur Mensch considère que l’analogie avec Internet ne tient pas. Internet reposait sur des protocoles ouverts que personne ne possédait. Les modèles d’IA fermés ont, eux, un propriétaire. Celui-ci peut modifier le prix, restreindre les usages ou retirer une version. Le dirigeant cite la suspension temporaire, en juin, de l’accès mondial aux modèles les plus avancés d’Anthropic, à la demande du gouvernement américain. Cette décision n’a pas été prise en Europe, affirme-t-il. Il en déduit que le contrôle du modèle détermine les conditions d’accès pour toute la chaîne de valeur. Sa tribune complète est publiée par Le Monde.
Les modèles ouverts ne constituent pas une réponse suffisante pour Mistral AI. Arthur Mensch reconnaît qu’un tel modèle peut être téléchargé, hébergé et audité. Il souligne toutefois que dépendre d’un modèle publié par un tiers reste une dépendance. L’Europe ne maîtrise alors ni le calendrier des publications, ni les fonctionnalités, ni les licences des versions futures. Cette maîtrise concerne aussi la cyberdéfense et les infrastructures essentielles. Un État doit pouvoir auditer les systèmes utilisés, les adapter à ses besoins et garantir leur accès ultérieur. Arthur Mensch estime également que les modèles de pointe sont devenus indispensables à la recherche scientifique, y compris celle consacrée à l’IA.
Les capacités européennes restent au centre de son argumentation. Arthur Mensch cite Black Forest Labs et ElevenLabs parmi les acteurs disposant de compétences nécessaires. Il présente Mistral AI comme une preuve que des modèles européens peuvent figurer parmi les meilleurs modèles ouverts et spécialisés. L’entreprise « s’apprête à multiplier » ses capacités de calcul par six dans l’année qui vient. Le dirigeant appelle aussi à davantage de capital pour accélérer. Il rejette le récit d’une Europe déjà dépassée, qu’il juge favorable aux acteurs ayant pris de l’avance. Il écrit que ce récit peut devenir efficace si l’Europe finit par y croire. Cette position prolonge les annonces précédentes autour de Mistral Large 4.
La régulation européenne complète cette stratégie industrielle. Mistral AI se dit favorable à des règles portant sur les applications et les usages à risque. L’entreprise a plaidé pour éviter des obligations trop lourdes sur les modèles à usage général. Elle estimait que ces contraintes pourraient pénaliser les start-up européennes face aux géants américains. Arthur Mensch a ensuite jugé le texte final de l’AI Act « tout à fait gérable ». Mistral AI défend également la transparence sur les données d’entraînement, sans divulgation obligatoire des secrets industriels. La scale-up soutient enfin une contribution obligatoire des fournisseurs opérant en Europe, afin de rémunérer les créateurs concernés.
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