Richard Tromans : le conflit freine les gains de l’IA juridique
Juridique 3 min · 14 octobre 2026

Richard Tromans : le conflit freine les gains de l’IA juridique

Par Arthur Dekeyser

En résumé

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Richard Tromans relie l’efficacité de l’IA juridique à l’intensité du conflit entre les parties.

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Les grands cabinets utilisent des outils d’IA sans transformation significative de leur fonctionnement.

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Les petites structures profitent davantage de l’IA lorsque les clients recherchent surtout vitesse et coûts réduits.

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Le signal : Richard Tromans formalise une loi reliant l’intensité du conflit juridique à l’impact économique net de l’IA.

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Un constat persistant Les grands cabinets d’avocats utilisent désormais des outils d’IA juridique, mais leur fonctionnement évolue encore peu. Richard Tromans, fondateur d’Artificial Lawyer, relie cet écart à une incitation à l’affrontement. Son raisonnement couvre les contentieux et les opérations transactionnelles. Plus les parties ont intérêt à se combattre, plus les gains d’efficacité de l’IA génèrent du travail supplémentaire. À l’inverse, une faible incitation à l’affrontement permettrait de réduire davantage le volume total de travail. Cette thèse est présentée dans l’article publié le 12 octobre 2026 par Artificial Lawyer.

Des explications partielles Plusieurs mécanismes éclairent une partie du phénomène. Le paradoxe de Jevons suggère qu’une efficacité accrue peut augmenter la consommation totale d’une ressource. Appliqué au droit, l’IA pourrait faciliter le lancement de nouvelles procédures. La loi d’Amdahl rappelle qu’un gain limité sur certains composants ne transforme pas nécessairement un processus entier. La loi de Parkinson décrit aussi l’expansion du travail jusqu’au délai disponible. Enfin, le modèle des cabinets fondé sur la facturation du temps maintient une pression économique sur les objectifs horaires. Tromans estime toutefois que ces mécanismes ne suffisent pas à expliquer l’ensemble du résultat.

L’incitation façonne le travail juridique

Un conflit amplifié Dans un litige entre deux grandes entreprises, chaque partie dispose de ressources importantes et refuse de reculer. Les outils de recherche juridique peuvent alors faire émerger de nouvelles lignes d’attaque. L’analyse approfondie des documents peut aussi révéler davantage d’éléments à exploiter. L’équipe adverse doit ensuite répondre, ce qui prolonge et élargit le travail engagé. Tromans compare cette dynamique à une avancée technologique militaire accessible aux deux camps. L’IA n’écourte donc pas nécessairement le conflit. Elle peut soutenir une bataille juridique plus étendue. Dans ce cas, les gains de productivité servent surtout à multiplier les travaux entrepris par les avocats des deux parties.

Une efficacité maximale Le cas inverse concerne une jeune entreprise sans juriste interne, qui cherche à faire relire des contrats commerciaux simples. Elle peut choisir un cabinet conçu autour de l’IA, de la rapidité et de tarifs réduits. L’incitation à contester chaque point reste alors très faible. Une grande organisation ou un régulateur peut également vouloir traiter ces contrats comme une formalité. Dans ces situations, l’IA semble atteindre son efficacité maximale, car les parties souhaitent surtout terminer le travail. Tromans cite aussi OneNDA pour illustrer le contraste entre un accord pouvant être relu en quelques minutes et une négociation pouvant durer plusieurs mois.

Les cabinets intermédiaires sous pression

Un équilibre difficile Une opération de fusion-acquisition menée pour une entreprise de taille moyenne présente une situation intermédiaire. Les actionnaires, les dirigeants, l’acquéreur et les prêteurs ont des intérêts à protéger. Pourtant, aucune partie ne dispose de ressources illimitées pour prolonger chaque discussion. L’IA peut accélérer la vérification préalable et faire ressortir des sujets à examiner. Les clients acceptent alors un travail complémentaire, mais souhaitent limiter les efforts au nécessaire. Selon Tromans, cette combinaison peut réduire légèrement les heures facturées. Elle laisse toutefois une différence peu visible pour un observateur extérieur. Le cabinet intermédiaire doit donc concilier accélération, prudence juridique et maîtrise des coûts.

Les clients décident L’impact économique net de l’IA dépend finalement de l’incitation créée par le client pour chaque dossier. Un cabinet conçu autour de tarifs fixes peut convenir aux travaux peu conflictuels, tandis qu’un grand cabinet peut employer l’IA pour soutenir davantage de travail régulier. Ces deux modèles rencontrent néanmoins des exceptions. Un client important peut vouloir une exécution rapide et une utilisation maximale de l’IA. À l’inverse, une affaire confiée à une structure spécialisée peut exiger une analyse beaucoup plus longue. Tromans estime que les cabinets doivent donc adapter leur modèle aux demandes variables des clients. Artificial Lawyer présente cette réflexion dans le cadre de ses travaux sur l’innovation juridique. Pour aller plus loin, consultez notre guide sur les usages de l’IA par les avocats et juristes.

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