Par Arthur Dekeyser
En résumé
Le NCSC britannique observe une accélération de la reconnaissance et de la découverte de vulnérabilités.
Microsoft déclenche des alertes Sentinel grâce à des honeytokens placés dans Azure Key Vault.
La cyberdéception s’étend aux identités, aux permissions IAM, aux secrets applicatifs et aux ressources cloud.
Le signal : Le NCSC estime que les meilleurs modèles enchaînent près de six fois plus d’étapes d’attaque qu’il y a dix-huit mois.
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Accélération offensive Le National Cyber Security Centre britannique estime que l’intelligence artificielle augmente déjà la vitesse et l’échelle de certaines opérations offensives. La reconnaissance et la découverte de vulnérabilités figurent parmi les activités concernées. Début 2026, le NCSC indiquait que les meilleurs modèles pouvaient enchaîner près de six fois plus d’étapes d’attaque que les modèles les plus performants dix-huit mois auparavant. Anthropic a aussi déclaré avoir détecté, en novembre 2025, une campagne d’espionnage utilisant des capacités agentiques pour exécuter une partie importante des opérations. Cette évolution réduit le coût marginal de la reconnaissance, de l’analyse des vulnérabilités et de l’adaptation de scripts. Elle raccourcit également le temps disponible pour les défenseurs.
Signal défensif Les architectures fondées sur la détection, la qualification et la réponse doivent traiter des volumes importants de télémétrie. Les outils EDR, XDR, NDR, SIEM et les centres opérationnels de sécurité produisent déjà de nombreux signaux. La cyberdéception cherche à améliorer leur interprétation en présentant à l’attaquant des éléments artificiels. Un faux credential utilisé par un intrus constitue un événement plus difficile à expliquer par une activité normale qu’une connexion inhabituelle. Les honeypots appliquent cette logique depuis plusieurs décennies. Le cadre MITRE Engage formalise désormais des opérations destinées à manipuler, détourner ou observer l’adversaire. La déception doit toutefois répondre à des objectifs défensifs précis, plutôt que se limiter à installer quelques machines-appâts.
Leurre déclencheur Les défenseurs peuvent disséminer des comptes administrateurs fictifs, des clés API, des fichiers confidentiels, des partages réseau, des tokens cloud et des services artificiels. Microsoft documente l’utilisation de honeytokens, notamment de fausses clés ou de faux secrets placés dans Azure Key Vault. Leur accès déclenche une alerte dans Sentinel. Thinkst applique une approche comparable avec ses Canarytokens, qui prennent la forme de credentials, de fichiers ou d’artefacts. Le faux actif devient alors un capteur comportemental. Il ne contient pas d’information stratégique. Son intérêt vient de l’action de l’utilisateur qui le découvre ou l’emploie. Cette approche transforme certains éléments inertes en indicateurs directement liés à une activité suspecte.
Identités distribuées La cyberdéception s’étend progressivement aux environnements cloud, aux logiciels en ligne et aux architectures distribuées. Les identités, permissions IAM, tokens, interfaces API, secrets applicatifs et relations entre machines deviennent des éléments centraux de la surface d’attaque. En 2022, SentinelOne a déboursé 616,5 millions de dollars pour acquérir Attivo Networks, spécialiste de la protection des identités et de la déception. Le leurre peut désormais s’insérer dans un graphe de permissions et de ressources. Une fausse identité privilégiée peut conduire vers un faux service, puis vers un faux secret. La déception ne repose donc plus uniquement sur une machine isolée. Elle peut reproduire un chemin d’accès composé de plusieurs ressources liées.
Production synthétique Créer un leurre est plus simple que maintenir des milliers d’éléments cohérents. Un serveur fictif nommé « FINANCE-PROD » peut être repéré si son activité réseau reste nulle, si ses fichiers portent la même date ou si ses utilisateurs n’existent pas. L’évolution réelle du système impose aussi d’actualiser les faux actifs. Une modification de l’IAM, une migration applicative ou une nouvelle architecture cloud peut rendre un leurre obsolète. La startup italienne Beelzebub affirme utiliser des modèles de langage pour créer des environnements à forte interaction. Ces environnements peuvent simuler des serveurs Linux, des services API ou des outils MCP afin de prolonger l’interaction avec l’attaquant.
Indiscernabilité mesurée Acalvio a lancé en mars 2026 sa stratégie « 360 Deception », conçue pour perturber les attaques automatisées par l’IA. Cette approche vise à créer des actifs fictifs crédibles et à rendre certains actifs réels suffisamment ambigus pour compliquer la reconstruction de l’environnement. Le critère important devient alors l’indiscernabilité, plutôt que le volume de decoys. Un agent peut comparer l’ancienneté des fichiers, l’activité réseau, les relations entre comptes ou les configurations technologiques. Une étude publiée en juin 2026 cartographie la déception sur les 250 techniques de MITRE ATT&CK v18.1. Elle estime que 80 techniques, soit 32 %, se prêtent réellement au placement d’un leurre accessible à l’attaquant. Pour approfondir, consultez l’article de FrenchWeb.
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